Malgré sa valeur incontestable à l’échelle internationale, en Côte d’Ivoire, l’anacarde se brade en deçà du prix fixé par le gouvernement. A Sandégué, paisible département, niché au nord-est, se cultive ce trésor souvent négligé. Réputée pour sa qualité et sa saveur, cette noix, depuis des décennies constitue la source de revenus et l’espérance économique des habitants de la région.

Le prix bord champ du kilogramme d’anacarde a été fixé à 275 FCFA pour la campagne 2023-2024 comme annoncé par le ministre d’Etat, ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Kobenan Kouassi Adjoumani. Cette nouvelle suscite une vague de mécontentements à travers la région et bien au-delà. A Abidjan, un conducteur de taxi compare cette tarification à celles pratiquées une décennie auparavant par les précédents dirigeants. « Avant 2010, le cacao et l’anacarde s’achetaient à de meilleurs prix. Tout augmente mais les revenus des paysans chutent », dénonce ce citoyen en insistant sur la pénibilité et l’endurance que nécessitent ces productions agricoles.

L’impact direct sur la qualité de vie des familles des producteurs locaux, déjà confrontées à des dettes et au déficit d’infrastructures de bases, fragilise le droit à la santé et à l’éducation. De plus, dans les contrées éloignées d’Abidjan, où la diversification des activités et les opportunités économiques se concentrent dans le secteur primaire, la fragilisation de cette chaîne de valeur réduit la vie humaine à un cycle de pauvreté irrémédiable.

Dans le département de Sandégué, malgré les directives gouvernementales, les agriculteurs de cette région se trouvent souvent confrontés à des acheteurs véreux qui proposent des prix en deçà de cette tarification décriée comme un montant dérisoire. Une telle situation met les producteurs locaux dans une position délicate. Dos au mur, ils bradent leurs précieuses récoltes pour obtenir un revenu nécessaire à leur survie instantanée. « Il y a une pharmacie moderne dans la ville qui a ouvert ses portes je dois aller acheter des médicaments », nous confie ce paysan contraint de vendre sa production agricole à perte. Aussi, dans ce département, l’ouverture d’un bloc opératoire reste-t-il attendu par les populations locales.

Routes cahoteuses et délabrées

Hormis, la pénibilité à cultiver des produits agricoles de qualité, l’acheminement de la production vers les acheteurs augmente les risques, ainsi que les souffrances, sans obtenir le soulagement d’une récompense après l’achat.

Les agriculteurs se trouvent dans une impasse. Il n’est pas évident de se rendre plus loin pour vendre leurs produits dans d’autres localités où les prix sont plus intéressants. Du côté des acheteurs, lorsqu’ils s’efforcent de traverser ces routes en mauvais état, ils subissent parfois des conséquences désastreuses. Les retards dans la livraison de marchandises et les dommages causés aux véhicules sont monnaie courante. La détérioration des voies de communication affecte les échanges commerciaux et le développement de l’économie locale, tout en causant des pertes de capital humain.

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Alors que l’anacarde subit un prix sacrifié, les habitants de Sandégué se battent également contre l’isolement géographique imposé par des routes en décrépitude. Et pourtant, ce département se trouve à seulement 50 km de Tanda.
La route Sandegué – Namassi, longue de 16 km, a bénéficié d’un reprofilage effectué par l’entreprise Génie plus Ivoire (GPI) en novembre dernier. Cependant, le tronçon allant de Namassi à Tanda, en passant par les localités de Gondia, Essikro, Tiedo et Tangamourou (village du dynamique attaquant, Champion d’Afrique, Adingra), se trouve dans un état de dégradation avancée. Simon Adingra, né en 2002, année où la Côte d’Ivoire son pays, bascule dans la guerre, vient de redonner à la Côte d’Ivoire toute sa symphonie de bonheur. Ce footballeur international comme nos vaillants paysans, sont souvent abandonnés par la patrie dont ils font la fierté. Cela doit changer, l’Etat doit faire preuve de responsabilité et davantage encourager tous les agriculteurs pour que ce travail soit décent.

Au Vietnam, pays producteur d’anacarde, il existe 1.416 installations de transformation à Binh Phuoc, région de production.
Toutes ces réalités susmentionnées soulèvent des questions urgentes sur la profitabilité du progrès économique en Côte d’Ivoire. Les effets d’un leadership talentueux doivent produire des résultats concrets et durables pour les populations locales de sorte à valoriser les efforts des modestes producteurs. Sortir la région de Sandégué de ces souffrances infrastructurelles et promouvoir l’anacarde à un prix valorisant fortifie le dynamisme et la fierté des communautés locales. « Chaque jour, les populations rurales sont confrontées aux changements climatiques, aux conflits, à la pauvreté, entre autres difficultés. Les approches conventionnelles ne suffisent pas pour les soutenir – il nous faut innover. », alerte le FIDA ( Fonds international de développement agricole) lors du dernier conseil des gouverneurs.

A. K.