Dans ce champ de cacao, en Côte d’Ivoire, la présence de la Reine retentit comme une lueur d’espérance pour revaloriser l’impact de la commercialisation de cette matière première, dont ce pays couronne la production mondiale. S’en suit, la tenue de la Conférence mondiale du cacao à Bruxelles, elle s’achève ce 24 avril, à l’orée de la fête du travail, après quatre jours de discussions. Pour l’heure, selon la diplomatie belge, « la Conférence mondiale du cacao s’est conclue sur un accord de principe ». Dans son allocution d’ouverture, lors de cette 5ème Conférence, Sa Majesté la Reine Mathilde a pourtant lancé un message urgent : « il faut combler le fossé qui existe entre le revenu réel des producteurs et le revenu décent auquel ils peuvent légitimement aspirer, afin de satisfaire leurs besoins essentiels ».

Durant sa visite de terrain en Côte d’Ivoire, la Reine Mathilde a connu la sueur des champs de cacao, matière première du chocolat bio. Par ailleurs, le dur labeur à la base de cette chaîne de valeur, les vulnérabilités et risques de nuisances persistants sur le plan humain ou environnemental, soulèvent des préoccupations « d’ordre moral », alerte Sa Majesté la Reine Mathilde.

Convient-il d’insister, le produit de base du bon chocolat, s’appelle le cacao. L’industrie que cette matière première alimente rapporte près de 100 milliards de dollars chaque année. Par contre, « les producteurs ne reçoivent pour leur cacao qu’entre 5 et 10% de la valeur du chocolat acheté par le consommateur », déplore la Reine Mathilde.
En 1985, Cargill, l’une des entreprises de cette filière, arrive en tête du classement mondial de l’agroalimentaire, grâce au broyage de cacao. L’entreprise génère plus de 32 milliards de dollars comme chiffre d’affaires. A ce jour, Cargill a obtenu 20% du marché mondial du cacao et du chocolat, avec un chiffre d’affaires d’un montant cinq fois plus élevé, soit 177 milliards de dollars. Cependant, le producteur de cacao survit au quotidien avec un dollar et peine à scolariser sa progéniture. Cargill, en tant qu’entreprise familial perçoit bien entendu l’importance de l’appel lancé. Sa Majesté la Reine, en appelle à un sursaut d’équité et d’humanité. Surtout que, cette orientation agricole issue de l’impérialisme économique a déstabilisé les possibilités de construire une économie locale souveraine et affecté la biodiversité, ainsi que la sécurité alimentaire.

Comment peut-on encourager une famille à adopter un enfant dont l’éducation est assurée par d’autres ? Voici la réalité en Afrique, avec le cacao. La Côte d’Ivoire et le Ghana, pays voisins, assurent les 2/3 de la production mondiale de cacao, mais l’industrie du chocolat se trouve bien loin de ces terres. Avec le corollaire de pollution et de perdition que cela entraîne. Au cas échéant, ces populations doivent s’imposer la transformation et la consommation, après l’adoption actée de la production. Ou, procéder à la destruction de tant d’années de travail pour réorienter leur production agricole. Or, les solutions à ces circonvolutions du cacaoculteur se trouvent entre les mains de plusieurs maillons de la chaîne qui ont acquis d’énormes profits et diversifiés leurs opportunités financières.

En effet, la qualité du travail d’artisan des cacaoculteurs positionne les entrepreneurs de ce secteur et garantit leur compétitivité. Lorsque l’entreprise Mars, dépasse la légendaire industrie Coca-Cola, l’on ne peut omettre de témoigner une immense gratitude aux producteurs de cacao, piliers de la chaîne. Cette major américaine réalise un chiffre d’affaires de 45 milliards de dollars contre 38,6 milliards pour Coca-Cola, en moins de dix ans. La croissance de Mars grimpe alors de 60%. Pendant que, la dernière décennie s’avère aussi rentable pour l’industrie du chocolat, la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, perd son équilibre climatique et écologique, ainsi que son statut de pays forestier. Les inflexions atteignent leur paroxysme, l’alerte rouge clignote, face à une dégradation inquiétante du couvert forestier. Au point que, les gouvernants ne puissent user d’une langue de bois. « Les résultats du dernier inventaire forestier et faunique national indiquent une couverture forestière de 2,97 millions d’hectares en mars 2021. Ce qui équivaut à 9,2% de couverture forestière contre plus de 20% dans les années 1960. Le massif forestier ivoirien était estimé à 16 millions d’hectares en 1960. Aujourd’hui, près de 60% des terres productives sont dégradées. La préservation de ses forêts est donc devenue une priorité absolue », tel se résume l’aveu officiel, dos au mur face à sa responsabilité sur la gravité du péril.

Seulement en Belgique, le Cacao fait prospérer plus de 600 entreprises. Ses saveurs chocolatées et sa douceur apaisante restent de mémoire dans le cœur des soldats de l’armée américaine. Construire une économie du cacao promotrice du travail décent en Afrique, c’est possible en un temps record. Bâtir et équiper une école parrainée par chaque entreprise jouissant de l’économie du chocolat ou reboiser les terres affectées, se présentent comme le strict minimum en terme de responsabilité sociétale des entreprises (RSE). « […] Il y a un problème structurel d’accumulation, de profit d’un côté et qui ne bénéficie absolument pas aux acteurs principaux de cette filière que sont les producteurs de cacao », reconnaît Cécile Renier, chercheuse à l’Earth and Life Institute de l’UCLouvain.
Sa Majesté la Reine Mathilde, au cours de sa visite de terrain en Côte d’Ivoire du 3 au 6 mars, s’est rendue dans la Nawa. Dans cette zone qui approvisionne le marché international du chocolat, il ne reste que 1% de forêt, révèle la fondation Earthworm. Celle-ci s’est investie pour une surveillance du couvert forestier en impliquant les communautés. En plus d’avoir bâti un Centre d’excellence et social respectivement au Cameroun et en Côte d’Ivoire pour divers formations.

En attente, de la future déclaration de Bruxelles signée par les 52 États membres de l’ICCO (International Cocoa Organization ), qui souligne « la nécessité d’un cacao durable fondé sur l’obtention d’un revenu décent pour les cacaoculteurs », le message de sa Majesté la Reine Mathilde depuis le pupitre de la 5ème Conférence mondiale du cacao et empreint de la ferveur de son humanité après sa visite de terrain les terres du cacao, interpelle à cesser la guerre contre l’écosystème. Le thème de cette rencontre supplémentaire autour de cette problématique du cacao recommande de passer à l’action : « Payer plus pour un cacao durable ».